• marlenevissac

Le Frelon Asiatique - Bête noire actuelle, indicateur sans pareil

Mis à jour : févr. 3

Dernièrement, je suis tombée sur différents articles traitant de notre "ennemi n°1" : le frelon asiatique ou Vespa velutina pour les intimes. Ces lectures m'ont permis de comprendre, que encore une fois, le problème est la solution - adage permacole ! En effet, cet as du vol et de la chasse met en évidence une fragilité de nos ruchers et colonies, qu'il serait bon de prendre au sérieux.

Vespa en construction du nid initial
BIOLOGIE

De son petit nom Vespa velutina, ce frelon venu d'Asie, est plus petit que son homologue européen Vespa crabro. De plus, Vespa velutina possède une livrée noire avec une large bande orangée sur l'abdomen, sa face est plutôt orange et l'extrémité de ses pattes jaunes, ce qui lui a donné son nom.


Il a été introduit par l'humain à travers le monde, arrivé en France d'abord dans le Sud-Ouest, il a aujourd'hui quasiment conquis le pays, ainsi que bien d'autres pays européens et à l'international. Sa diffusion est toujours accrue grâce aux activités humaines.


Chaque colonie de frelons est issu d'une seule femelle, la reine, qui est la reproductrice ou gyne. C'est elle qui construit le nid de fondation au printemps, quand les journées sont réchauffées et l'humidité moins présente. Le nid est constitué de dizaines d'alvéoles accrochés au bout d'un pédicelle fixé sur un support, à l'abri. Le tout est entouré d'une enveloppe protectrice de trois feuilles, à partir de fibres de bois qu'elle va collecter, découper avec ses mandibules, puis mastiquer pour constituer une boulette malléable et humide qui sera le matériaux de construction.


Dans chaque alvéole, elle va pondre un oeuf, qui vont éclore et être nourris grâce aux sucres et protéines que la reine va collecter et ramener. Cette phase est critique car la femelle, reine, est toute seule, une attaque et la colonie est en péril.


Jusqu'à la fin de l'été, toutes les larves vont se développer pour devenir des ouvrières, qui vont pouvoir agrandir le nid, s'occuper de l'alimentation, apporter les soins au couvain et protéger la colonie. La reine initiale ne s'occupe que de la ponte.

Comme tout hyménoptère social, la colonie va se développer et ne contenir que des femelles : reine + ouvrières.

À partir de septembre, la colonie entre dans la phase de reproduction, des individus reproducteurs des 2 sexes vont naître (mâles et gynes) en plus des ouvrières. Une fois devenus adultes, les mâles et gynes vont quitter le nid et s'accoupler. Les mâles meurent après l'accouplement, tandis que les gynes se dispersent pour passer l'hiver endormies à l'abri (cavité souterraine, grenier, muret, etc...)


La reine meurt en fin d'automne, et la colonie d'ouvrières va péricliter, à l'hiver les nids sont vides et ne seront pas utiliser l'année suivante. Il arrive de trouver des nids habités en janvier (conditions climatiques favorables), et que d'autres peuvent paraître vides alors qu'ils hébergent des gynes endormies.


Vespa velutina a été introduit en toute petite quantité en France, ce qui entraîne une faible diversité génétique, conduisant à la production de mâles particuliers, dits diploïdes, à la place des femelles ouvrières, ce qui diminue grandement le nombre d'individus travaillant dans la colonie. Leur accouplement avec des mâles diploïdes engendrera une descendance stérile. Cela a une conséquence sur l'espèce et son développement, mais nous manquons de données scientifiques pour le moment.


Par son introduction, le frelon asiatique a été en inter relations avec d'autres espèces, notamment des prédateurs :

- Oiseaux : les guêpiers peuvent les chasser, les pies, mésanges, corneilles peuvent s'attaquer aux nids ;

- Parasites : la mouche Conops vesicularis (espèce européenne) peuvent parasiter la reine au printemps et entraîner sa mort. Un nématode du genre Pheromermis s'attaque aux larves pour les tuer au stade adulte.

- Virus et bactéries : peuvent infecter le frelon, communs aux abeilles. Ce qui rend le frelon vecteur de pathogène.


Céline Locqueville, du Jardin des Petites Ruches et auteure de "Ruches refuges - Accueillir les abeilles mellifères dans son jardin sans les exploiter", a réalisé une vidéo sur le frelon, elle m'a autorisé à la glisser dans l'article, afin de l'enrichir.

Le frelon asiatique est certes un prédateur redoutable, qui affaiblit grandement les colonies d'abeilles domestiques : prédation directe, stress qui entraîne inévitablement une baisse de fourragement et la mortalité des colonies.

Il n'existe à l'heure actuelle, aucun dispositif réellement efficace et SÉLECTIF avec preuve scientifique à l'appui. Les attaques des abeilles ne sont surement que le sommet de l'iceberg.


En effet, la prédation des abeilles est de même ordre que les autres insectes pollinisateurs. L'utilisation de pesticides, la perte des habitats ont largement perturbés la biodiversité et V. Velutina accentue le déclin de par sa capacité de reproduction et de prédation. Le secteur agricole est impacté indirectement par la présence du frelon asiatique : baisse de la pollinisation, attaque sur les fruits et légumes, qui entraîne une chute des rendements. V. Velutina cherche également des protéines, sur des cadavres d'animaux ou sur les étales de viande et de poisson sur les marchés de plein-air ou dans les commerces.


Pourtant en Chine, de par leur culture, la présence du frelon est vécu d'une toute autre manière. Bien sur les ruchers sont attaqués, mais la population chinoise cherche activement des nids pour y prélever des larves et des nymphes pour les vendre aux restaurateurs, qui composent alors un plat réputé. Les adultes sont recherchés pour préparer un alcool, les médecins traditionnels les utilisent pour les piqûres en des points d'acupuncture, enfin le nid lui-même est utilisé pour préparer des médicaments.

RÉGULATION

Il est largement reconnu que les dispositifs actuels ne sont pas concluants. Ils restent néanmoins nécessaires et utiles au niveau local, pour réguler la pression au sein des ruchers. L'objectif étant de réduire l'effectif afin que la pression devienne moins problématique.


En sein de l'IRBI (Institut de Recherche sur la Biologie de l'Insecte) ainsi qu'un laboratoire de l'université de Tours et des scientifiques travaillent depuis plusieurs années au développement de dispositifs de défense des ruchers : piège / appâts à base de phéromones du frelon asiatique, donc SÉLECTIF.


La lutte biologique grâce à la mouche parasitoïde a été envisagée mais cette espèce est aussi prédatrice de nos guêpes et bourdons, donc reste inenvisageable.

Une étude est en cours concernant l'utilisation de trackeur pour localiser le nid et intervenir, l'utilisation de drône est envisagé. Reste que les biocides utilisés pour mettre fin au nid ont des impacts non négligeables pour l'environnement et les utilisateurs. Des essais de perches avec émission de chaleur sont en cours, notamment par l'IRBI et Pollinis.

Le frelon n'est sûrement qu'un symptôme

Et si nous changions de point de vue ? Si nous admettions que le frelon asiatique et ses attaques ne sont que signaux, un phénomène symptômatique ?

C'est les observations que nous proposent Nina Sandré et Jacques Loesel... Car comprendre un symptôme c'est mener un enquête, chercher l'origine de l'origine ou les origines possibles.

En effet, la nature ne nous a pas attendu pour propager des espèces invasives, si une telle espèce peut s'installer et prospérer c'est qu'il y a une niche écologie vacante, à combler. Cela nous amène à nous poser des questions sur les dégâts qu'on afflige à nos paysages et à la Vie :

- Les populations d'insectes sont en chutes libres,

- La monoculture environnante ne permet plus aux écosystèmes de s'équilibrer ;

- Les abeilles domestiques sont affaiblies ;

- Si les frelons asiatiques sont de si bons prédateurs sur nos ruchers, c'est sûrement que des ressources alimentaires leur manquent.


Nos abeilles sont de plus en plus faibles, il est plus facile de s'en prendre aux causes extérieures (pesticides, varroas, manque de ressources, frelons, etc...) Qu'en est il de nos conduites ? Il est certes désagréable de se trouver responsable d'une cause d'affaiblissement, pour autant en prenant conscience de nos responsabilités alors nous avons le pouvoir de faire autrement.

Les dégâts causés par les frelons asiatiques sont peut-être plus une conséquence qu'une cause, car corrélation ne signifie pas forcément causalité !

Qu'elles sont nos habitudes en tant qu'apiculteurs.trices ?

Nous créons beaucoup trop de stress... Nombres d'études médicales montrent que le stress chronique est un des pires facteurs de dégradation de la santé humaine. Alors qu'en est il au rucher ?

- Les inombrables interventions au rucher sont autant de stress pour les abeilles : froid, courant d'air, humidité, violation d'espace privé, potentiellement un danger car prélèvement de réserve...

- L'élevage de reine et la division des colonies ;

- La transhumance, changer de lieu, de climat, d'hygrométrie, de sources de nourriture, les vibrations du transport, etc...

- Le nourrissement au sucre : pourriez vous manger tous les jours la même chose ? Certainement que si vous avez le choix se serait une réponse négative. Pour les abeilles il en est de même. Sans compter que le miel issu de fleurs différentes constituent une alimentation bien plus riche que le sucre industriel qui n'apporte que du saccharose et un faible taux de minéraux ;

- L'habitat : un lieu sain, avec soleil et humidité pouvant être maîtrisés, des cires neuves exemptes de pesticides, de résidus de traitement contre le varroa, de solvants sont autant importants pour nous et c'est aussi le cas chez les abeilles, aussi petites soient elles ;

- Le surnombre : des ruchers de plusieurs dizaines de ruches sur un même territoire sont autant agréables à vivre que des tours d'immeubles !


De nombreux apiculteurs mettent en évidence que les attaques surviennent surtout sur des colonies affaiblies, souvent très atteintes par le varroa.

Le frelon asiatique serait donc seulement l'indicateur que nos pratiques et le cheptel d'abeilles domestiques présents en France est trop pauvre, faible, manque de ressources pour se défendre et s'organiser face à ces parasites, cet "envahisseur". De quoi voir les choses d'un autre angle, d'un autre point de vue : encourager nos abeilles a se renforcer, à développer leur plein potentiel, car elles ne nous ont pas attendu, des millions d'années qu'elles pollinisent le monde.

Poliste en prospection
La ressource

Les frelons sont omnivores, ils consomment certes des insectes mais aussi de la viande, des fruits, et des fleurs ! Il n'est pas rare de les voir sur du lierre en fleur prélever du nectar ou / et du pollen, source de protéines, de minéraux, de calories... Tout comme bon nombre de pollinisateurs !


Si l'environnement est principalement constitué de monocultures, vide d'insectes, face à des gazons tondus, les frelons asiatiques se retournent vers l'approvisionnement facile : des ruches pleines d'abeilles affaiblies. Si le jardin est vivant, diversifié, où faune et flore sont abondants sur une longue période de l'année, les ressources pour le frelon sont alors élargies.


Les écosystèmes diversifiés et résilients ont les capacités de mettre en place des rétroactions, contrôlant alors le développement de l'espèce invasive. Cette dernière peut voir sa population diminuée par des proies capables de réguler l'espèce, des proies qui s'adaptent et deviennent plus difficiles à attraper, des prédateurs qui augmentent. Il en sera de même pour le frelon, tout est question de temps. Parfois à échelle inhumaine, et nous devons considérer ce temps comme une preuve de résilience des écosystèmes dont nous sommes issus, faisant partis et donc interdépendants. Une des clés est la diversité, gardons cela dans nos esprits et proposons cela à nos paysages, car les champs de monocultures, les jardins rasés, les écosystèmes dégradés mettent plus de temps que les forêts mellifères naturelles à assimiler, intégrer (donc réguler) le frelon asiatique.


Les frelons sont peut-être des messagers, et non des boucs émissaires. Manifester contre l'usage des pesticides est peu cohérent avec la volonté d'exterminer le frelon de nos ruchers et nos espaces. Il nous suggère peut-être de le diversifier, d'améliorer nos pratiques, notre rapport à la Vie, au respect que nous lui portons, par sa compréhension, nos interactions, nos comportements et sa préservation.

Restons émerveillé.e.s devant ce bel insecte pollinisateur et régulateur....


En effet, certain.e.s apiculteur.trice.s mettent en évidence, par leurs observations, que le frelon asiatique s'attaque plus hardement aux colonies infestés de varroas, ce qui le place au rang des régulateurs. Et bon nombre de ces amateurs ou professionnels mettent également en évidence que les traitements ne sont que des palliatifs court-termistes, car beaucoup de colonies arrivent à développer des stratégies et des résistances aux varroas et parfois les mêmes aux frelons asiatiques.

Rendement apicole

Les interventions fréquentes au sein des ruchers ne sont pas systématiques, c'est une dérive de notre culture ou de nos égos ne devoir agir et se sentir coûte que coûte utile. Et tout ce manège à un coût, qui est plus conséquent que le non agir et laisser le système répondre, mettre en place ses stratégies, faire évoluer tout son potentiel.

Qu'en est il des différentes interventions ? Sont elles comptabilisées dans le rendement de l'activité ?

- Coût / moyens contre le frelon asiatique

- Coût / moyens contre le varroa

- Coût et temps pour la transhumance

- Coût et temps pour le nourrissement

- Coût du temps passé à ouvrir et intervenir sur les ruches, pour quels intérêts ? A quels besoins répondent elles ?

- Combien de pertes de colonies auraient pu être évitées par moins de stress et plus de temps d'adaptation ?

Si tout ces coûts et temps passés pouvaient être transférés à la plantation d'arbres mellifères et fruitiers, au semis de prairies fleuries, quel en serait le bénéfice ? Et pour qui ?

Peut être qu'un peu de ce temps pourrait être bénéfique aux observations et à l'apprentissage de laisser faire la nature plutôt que d'aller contre elle, à vouoir la dominer, car nous n'en sortirons pas vainqueurs.


Bien sûr, il n'y a pas de jugement, des bribes de questionnements, de portes à ouvrir, les solutions toutes prêtes n'existent pas, tout dépend du contexte, en fonction des multitudes de paramètres qui le compsent et qui le régissent. Parfois un petit coup de pouce peut aider, parfois il aura l'effet inverse.

Notre objectif premier est de préserver et soulager les insectes pollinisateurs, sans dégrader leur et NOTRE environnement, car nous sommes tous sur la même planète.

Remerciements - Biblio

Je tiens à remercier la revue Abeilles en liberté pour toute la ressource et les partages d'expériences, de connaissances, de point de vue qui me nourrissent et inspirent mon quotidien personnel et professionnel.

Merci aux écrits et partages de :

- Éric Darrouzet

- Ignacio Ruiz-Cristi

- Laurence Berville

- Nina Sandré

- Jacques Loesel

- Jan Michel

- Bernard Bertrand

- Seb Decan

- Permattera

- Jean-Claude Guillaume

- David Merino

- Henri Giorgi

- Pollinis

- Hacène Hebbar

- Miriam Lefèbvre


Pour un avenir abondant, fertile, bienveillant,

encourageant, inspirant, résilient et pérenne