• marlenevissac

L'eau : guerre ou gouvernance transdisciplinaire ?

Spécialisée dans la gestion holistique de l'eau, je n'ai pu résister à l'envie de partager ces quelques podcasts, proposés par France Culture.


Il y est question de l'état écologique de l'eau de surface et souterraine.

Il y est question des usages de l'eau dans l'agriculture, actuelle et une invitation à celle de demain.

Il y est question des enjeux qui sont de plus en plus nombreux & complexes, où les acteurices engagé.e.s souhaitent voir évoluer les gouvernances vers plus de transdisciplinarité.


Canal de Provence

L'eau est un bien commun, une ressource vitale à toutes les vies sur Terre. Pourtant, les démarches de gestion employées depuis les dernières décennies ont été menées par une approche colonialiste, où l'appropriation de la ressource à des fins humaines tombée sous le sens.


Il s'avère que non seulement les activités humaines, trop consommatrices, arrivent à la limite du supportable par les ressources existantes ; et que les vies non humaines sont trop exclues de l'accès naturel de l'eau, pour s'y reproduire, boire ou manger.


Je défends une approche systémique et une vision holistique dans l'installation et le développement de nos modes de vie, dans la démarche de nos projets, dans l'aménagement des paysages.


Le climat est un facteur que l'on ne maîtrise pas, j'aime à dire qu'il est le maître du jeu. Aussi, les précipitations ne sont pas pilotables. Leur volume et saisonnalité sont imprévisibles, non contrôlables, et les aléas climatiques du XXIème siècle nous amènent vers plus d'inconnues. Nous cherchons l'eau quand elle serait rare, pour la drainer lorsqu'elle est de trop. Cette gestion n'est plus soutenable, l'a-t-elle déjà été ?


Depuis le néolithique nous nous efforçons, en tant qu'humain, a domestiquer, coloniser, dénaturaliser, bouleverser les paysages et les écosystèmes à nos propres fins. Aujourd'hui plus que jamais, il est l'heure de prendre part aux écosystèmes, dont nous sommes dépendants, de façon à interagir avec eux sans prélever à outrance, sans implanter coûte que coûte ce dont nous croyons avoir besoin.


Continuer, dans les tempêtes climatiques actuelles, de consommer, cultiver et prélever les ressources nous amènent inexorablement dans le mur. Emportant avec nous bons nombres de vies innocentes et témoins de ces abus.


Il est impensable pour de nombreux acteurices du secteur agricole et paysan, de subvenir aux besoins en eau pour assurer les productions établies. Prenons les exemples suivant :

  • L'élevage de vaches non adaptées et buvant beaucoup d'eau, dans des systèmes non adaptés à leur éthologie (sans ombre, sans alimentation fraîche et humide une grande partie de l'année, etc...) entraîne inévitablement un énorme besoin d'eau que beaucoup de biorégions ne peuvent pas assurer (aléas climatiques, gestion transversale, immobilité politique, géologie, topographie, hydrologie, etc). C'est le cas du Puy de Dôme et du Jura, où les quotas d'eau baisse d'année en année imposant aux éleveuz de réduire les troupeaux. Les espaces nécessaires pour construire des réserves collinaires capables de recueillir l'eau pluviale est impensable tant les paysages sont découpés, les coûts colossaux, les acteurices peu accompagné.e.s pour établir une gestion transdisciplinaire. Alors, pourquoi ne pas faire évoluer les pratiques agricoles, les choix culturaux, les itinéraires techniques, les aménagements des agroécosystèmes dans la direction de faire à partir des ressources présentes, à partager, des conditions topographiques, climatiques et hydriques ? Ne serait-ce pas si simple et si évident ? Je crains, et ne suis pas la seule que si, mais pour cela il nous faut changer de point de vue, de posture, de paradigmes.

  • Le maraîchage est bien à la mode, permettant à ne nombreuz futur.e.s paysan.ne.s de s'installer sur les petites surfaces encore disponibles. Ces petites surfaces entraînent inévitablement le choix cultural de produire des légumes à forte rentabilité : tomates & autres solanacées sous serre, légumes primeurs sous serre. C'est aussi les demandes des client.e.s. Or ces choix culturaux et d'itinéraires techniques exigent un volume d'eau important. Abîmant de fait les sols, entraînant des parasites et faiblesses immunitaires et donc maladies. Les petites surfaces ne peuvent pas se permettre, dans ces conditions, de dédier un espace pour accueillir des réserves d'eau pluviale. Les choix se portent sur les forages à plusieurs dizaines de mètres, parfois une centaine, ponctionnant les eaux millénaires potables. Qu'en est-il de favoriser des productions adaptées aux ressources présentes, à partager, des conditions topographiques, climatiques et hydriques ?

Maraîchage bio-intensif

Les évolutions culturales ne peuvent se faire sans le soutien des cityon.ne.s / consommateurices. faire de lance de nos sociétés, bases de tout système. C'est pour cela que j'invite et appelle à un éveil, pour une consommation consciente. L'eau est trop précieuse pour se passer d'agir et de choisir en connaissance de cause. L'ignorance n'est plus une excuse, les données sont là.


La gestion de l'eau en France est très hiérarchisée, où l'on trouve différents étages de gouvernance : nationale, européenne, locale, intercommunale, municipale. Sans associer pour autant les acteurices concerné.e.s : agriculteurices, paysan.ne.s, consommateurices, écologistes, urbanistes, etc... Les directives sont nombreuses, les lois forment un épais tissu et les enjeux se compliquent. Une ressource planétaire (car nous sommes toustes embarqué.e.s dans le même bocal qu'est la Terre), dont toutes les vies dépendent doit être gérée de façon transdisciplinaire, où les paramètres et facteurs sont considérés sans autre intérêt que d'assurer la disponibilité de l'eau pour toutes les vies. Et en tant qu'humain, à l'échelle individuelle et communautaire, en ce qui concerne notre consommation, notre approche, notre sensibilité à l'eau et aux ressources naturelles, nous devons, pour notre survie, engager un changement de paradigme où notre appréhension du vivant et des ressources ne serait plus dominante et ne se résumerait pas à une valeur monétaire ou de pouvoir, mais une approche consciente et raisonnable, où la notion de bien commun est au coeur de nos visions, de nos approches, de nos systèmes, de nos interactions intra et inter espèces, de nos éthiques.


Pour compléter, débattre, étoffer, confirmer mes propos et engagements, je vous propose l'émission Agriculture : la guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?

Bonne écoute, réflexion et nouveau positionnement !


Agriculture : la guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?

Cette émission a été diffusé en février 2020, reportage d'Anne-Laure Chouin, réalisée par Annie Brault, et présenté par Aurélie Kieffer.

Les invités étaient Sami Bouarfa, spécialiste des usages de l'eau à l'INRAE, et Jean-David Abel, vice président de France Nature Environnement.


Retrouver l'émission, en cliquant sur l'image suivante :



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