Comment produire en plein changement climatique ?
- marlenevissac

- il y a 1 jour
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Selon un baromètre piloté par l'agence RSE Croissance bleue rendu public lors du Salon de l'agriculture 2026, un quart des exploitants et cadres agricoles envisagent d'arrêter ou de changer d'activité à cause du changement climatique d'ici cinq ans. Information alarmante mais qui résume bien l'état du monde agricole, épuisé !

Nous disposons d'importantes connaissances mais nous ne savons pas comment les mobiliser au vue des nouvelles conditions climatiques. Nous disposons de techniques performantes mais nous manquons d'énergie et d'assurance pour les appliquer dans nos fermes. Nous disposons de technologies pointues mais elles ne sont pas à la porter de toutes les fermes et de toutes les filières.
Le fond de formation VVIEA a réduit drastiquement son budget pour 2026, axant les priorités sur les impacts du changement climatique. Nous pouvons alors maintenir des actions de formation qui permettent de nous retrouver, d'échanger, de prendre du recul, d'envisager d'autre façon de faire. À condition que notre passion soit encore vive et à mobilisable. À condition que nos corps soient capables de mobiliser de l'énergie à du renouveau. Car il est question de cela : le renouveau. Si les conditions climatiques évoluent, nous devons évoluer avec elles. Le renouveau est synonyme d'innovation, d'inspiration nouvelle. Mais comment activer tous les outils qui sont à notre portée ?
Je ne prétends pas avoir la solution car sur ma ferme les temps sont dur et le cerveau fatigué à devoir toujours accumuler de nouvelles données, les traiter et les mettre en place. Au rythme des saisons mais aussi des capacités biologiques à opérer ce virage de changements.
PRÉSENTATION DES CONTRAINTES DE LA FERME PHACELIA & CIE
CLIMAT
En 2025, 1200 mm de pluie sont tombées sur la ferme. Alors que j'ai cherché l'eau toute l'année !
Les précipitations sont principalement tombées dans les pires périodes : printemps et automne.
Ce qui a entrainé une herbe diluée et une évaporation importante non bénéfique au sol et au réserve utile des parcelles. Les saisons sèches ont été longues en hiver et en été. Les bêtes sont épuisées par ces conditions et ont du mal à reprendre leur état corporel optimal. Les vents asséchants ont grillés les prairies sur de nombreux mois, et la repousse printanière 2026 est tardive et le débourrement des arbres avancé.
Mars 2026, je démarre la mise à l'herbe avec plus de 15 jours d'avance par rapport à 2025. Les taux de sucre sont plus importants (4,5% Brix sur l'ensemble des graminées), 357650 joules / cm2 cumulées depuis le début d'année. Et l'herbe ne pousse pas.

CONTRAINTES
Mon objectif en tant qu'éleveuse est de faire manger de l'herbe aux breis que j'élève, de les faire ruminer et leur proposer différentes ressources végétales en fonction des cycles végétaux (de la feuille au fruit). Les bêtes de mon troupeau (comme Denise sur la photo du dessus qui a 12 ans) ont toujours connus que de l'herbe. Uniquement de l'herbe. Seulement voilà, depuis début février, le troupeau décline avec des mortalités non expliquées. Les coprologies sont correctes, les fourrages analysés présentent de belles données (digestibilité, DPI, UFV, BACA). La vétérinaire de mon territoire (GDS Aveyron) m'a "rassuré" en m'informant qu'elle avait un appel comme le mien tous les jours depuis début février. Les élevages ovins sont en difficultés et pour plein de raisons qui se regroupent toutes sous les effets du changement climatique.
La majorité de mes parcelles sont exposées Sud, en tête de bassin versant, sur sol drainant et asséchant (limoneux sableux). Les terres sont maigres et froides d'où l'appellation du Segala (seigle en occitan). Les compléments minéraux "naturels" c'est à dire peu transformés ne sont plus à la hauteur des enjeux à relever. Malgré le pâturage en sous bois, sur différentes communes... Les prairies sont naturelles pour la plupart âgées de plus de 60 ans. Les prairies semées sont dans le même état.
Les évapotranspirations actuelles sont élevées pour la saison, elles avoisinnent les 3 mm / jour avec des taux élevés de calories reçues. Le mois de février 2026 a reçu 10 fois le volume des précipitations de février 2025 (34 mm). Et l'herbe ne démarre pas. Est ce parce que les métabolismes sont épuisés, déboussolés ? Est ce parce que les données climatiques sont très éloignées des 30 dernières années ?
Courant le mois de février, j'ai enlevé plus de 360 tiques sur une quinzaine de bêtes. Des seuils jamais atteints dans les années précédentes toutes saisons confondues. Les insectes et parasites hématophages sont affamés et plus du tout réguler par les froids hivernaux. La diminution des passereaux dans les territoires freinent la bio régulation. Les animaux doivent, en plus de lutter contre le dépérissement alimentaire, renforcer leur défenses immunitaires pour contrer les effets des pathogènes et parasites dont les cycles ne sont plus "cassés" par l'hiver quasi inexistant.
Les élevages ovins sont touchés de plein fouet par ces faits. Dans l'indifférence et le silence absolu. Le ruminant est indispensable pour le maintien des milieux ouverts, pour l'économie et l'alimentation des territoires montagneux.
Malgré la rentrée d'aliment à 16% d'azote, pour tenter de remettre les bêtes en état, distribué à 500 g / bête / jour d'aliment avec du foin en libre service, les agnelles ne grandissent pas et ne grossissent pas. Les heures de pâture ne sont pas visible sur leur état corporel malgré les compléments.
CONCLUSION
L'élevage à l'herbe semble voir ces derniers jours. Les végétaux sont entièrement déboussolés. Les animaux sont épuisés. Le challenge réside dans l'accompagnement des "vieilles" prairies naturelles à évoluer en fonction des nouvelles conditions climatiques. Et d'accompagner les animaux avec des aliments plus riches et renforcer les carences minérales pour combler la minéralisation complètement déséquilibrée par les nouvelles conditions climatiques.
Le programme de recherche et développement mené à la ferme prend tout son sens avec ces faits relatés brièvement dans cet article. Les éléments relevés (agronomique, végétal et hydrologique) pourront peut-être amenés quelques clés de compréhension et des axes d'adaptation.
Pour mon élevage, la plantation de plus de 300 arbres (fourragers à endomycorhizes) en motif keyline, la complémentation en aliment riche, la diversité des races ovines (Raïole et Merinos d'Arles), le pâturage dynamique, les corpologies régulières, les préparations à base de plantes et les seaux de minéraux à disposition sont mes appuis pour l'année 2026.



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