Recherches participatives

Les raisons de changer notre regard sur les abeilles et sur leurs difficultés ne manquent pas, comme celle de notre méconnaissance des sociétés

d’insectes, de leur mode de fonctionnement intime, de leurs interactions bénéfiques avec le milieu. Les liens étroits entre abeille et forêt remontent à la nuit

des temps, au point que des synergies insoupçonnées garantissent la vitalité des uns et des autres. L’affection des abeilles pour les mycètes semble une

formidable piste d’espoir sur laquelle Myriam Lefebvre* nous inspire.

Début de piste

En attendant que les actions de la société civile pour la restauration des écosystèmes, la promotion d’une agriculture respectueuse de la planète et pour le

développement de sources d’énergie non polluantes finissent par assainir l’environnement de manière significative, le sentiment qu’on peut déjà agir pour

le bien-être des abeilles est bien présent, fort. Et si on partait de leurs capacités biologiques propres, celles qu’elles avaient mis tant de soin à développer

et qui sont à l’origine du succès de leur espèce ? Parmi ces aptitudes, Myriuam Lefebvre en identifie deux qui lui semblaient pertinentes en rapport aux

causes récentes de mortalités des abeilles : le système de détoxification et le système immunitaire.

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Des abeilles chez les mycètes

Dans le cadre d’un projet sur les bactéries et les mycètes, Myriam Lefebvre visionne des petits films sur ces organismes fascinants de complexité et de capacité d’interconnexion. Qui s’intéresse aux mycètes aujourd’hui croise inévitablement la route de Paul Stamets, un mycologue expérimenté dont le charisme a fait le tour de la planète. Une vingtaine de minutes plus tard, il commence à parler d’abeilles mellifères. Que viennent faire des abeilles dans un

exposé sur les myceliums ? Paul Stamets dévoile comment il lui a fallu 30 ans pour comprendre le lien vital qui existe entre les abeilles et les myceliums.

L’histoire commence dans son jardin, au printemps 1984. Il y avait installé plusieurs cultures de myceliums dans des bacs d’expérimentation. Tout à coup, son regard est attiré par un petit groupe d’abeilles mellifères qui s’activaient à l’endroit où il avait fait pousser des champignons géants, appelés aussi strophaires à anneaux rugueux. Intrigué par le comportement des abeilles, il s’arrête pour les observer. Avec beaucoup de détermination, elles

déplacent les petits copeaux de bois posés à la surface des cultures pour les protéger et aspirent des gouttelettes sécrétées par les fils de mycelium. Avec l’enthousiasme du scientifique qui est sûr d’avoir fait une découverte inédite, il les observera butiner les fils de mycelium pendant 40 jours, depuis l’aube jusqu’au coucher du soleil. Il publie ses observations à plusieurs reprises, espérant avoir un succès immédiat. Curieusement, la communauté apicole et les

scientifiques des abeilles l’ignorent. Plus de deux décennies plus tard, Paul Stamets fera des observations qui lui donneront un 2e indice. Il se déplaçait régulièrement dans une des dernières forêts primaires au nord-ouest des États-Unis pour y suivre le développement des champignons qui poussent sur les troncs des arbres, après que ceux-ci aient été entaillés par les ours. De la famille des basidiomycètes, ces champignons sont bien connus pour dégrader

les pesticides, les herbicides et les fongicides. Lors d’une de ses visites, il verra des abeilles s’activer à la base d’un de ces champignons et récolter de la résine et du suc. Le 3e indice arrivera via la publication d’un article scientifique sur les propriétés de détoxification du miel. Paul Stamets a le sentiment intérieur qu’il n’est pas loin de la solution. Un matin, encore au lit, il prolonge l’état de semi-éveil pour trouver le lien entre ces 3 indices. Et là, ça y est, un déclic foudroyant lui fait voir la scène entière : les abeilles ont besoin du suc des myceliums pour éliminer les produits toxiques et renforcer leur immunité !

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Première démarche scientifique

Avec l’aide de deux vétérans de la recherche sur l’abeille, les premières expériences en laboratoire sont menées tambour battant. Les sécrétions de trois espèces de champignons sont testées sur des abeilles en cagettes : le reishi rouge, l’amadou et le chaga. Les résultats et leurs implications laissent sans

voix Myriam Lefebvre. Paul Stamets et ses collègues ont mis en évidence trois effets très significatifs de la consommation des sucs de myceliums :

1) une augmentation de la durée de vie des abeilles ;

2) une diminution de la concentration de produits toxiques dans leur lymphe et,

3) une diminution de la quantité de virus présents dans les abeilles.

Pour ce dernier effet, en fonction de l’espèce de mycélium testé, les abeilles éliminent jusqu’à 90 % des virus et cela en un temps record d’une semaine ! Comment des centaines de laboratoires de recherche sur les abeilles mellifères ont-ils pu ne pas voir qu’elles se nourrissaient du suc des myceliums présents dans leur environnement ? À la décharge des scientifiques de l’abeille, la recherche fondamentale en mycologie est restée pendant longtemps très discrète. L’essentiel du financement public et privé a été, et est toujours, consacré à la lutte contre les quelques mycètes ravageurs des récoltes humaines. C’est grâce au charisme et à la motivation d’un petit nombre de chercheurs que le grand public a finalement entendu parler de mycètes et de leur rôle fondamental dans l’évolution de la vie sur notre planète. La tâche des mycologues est loin d’être terminée car, sur les 5 millions d’espèces qu’ils estiment exister, ils n’en ont identifié que 130 000 !

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Intentions & Objectifs

Participer au programme de recherches dirigé par Myriam Lefevbre, au sein du rucher nutritif de la ferme, conduit selon les principes de l’apiculture douce et fixiste (sans transhumance), associé aux cultures de champignons en plein air.

OBJECTIFS

• Développer une apiculture douce et fixiste au sein d’un rucher nutritif à l’année, associé aux champignons cultivés à la ferme et présents à l’état sauvage.

• Participer aux recherches du lien entre abeille & mycètes, selon le programme dirigié par Myriam Lefebvre, et diffuser les résultats de recherches auprès des partenaires et apiculteurices.

Partenaires ciblés

Myriam Lefebvre

Apicultrice et photographe belge, titulaire d’un doctorat en biologie sur le comportement vibratoire de l’abeille mellifère, porte un regard atypique sur le monde de cet hyménoptère si indispensable à notre biodiversité. En 2016, elle publie « Etre abeille » un ouvrage photographique où elle explore notamment la dimension individuelle de la vie des abeilles, visite de l’intimité de leur quotidien.