• marlenevissac

Récits d'Expériences du parcours pour le Diplôme de Permaculture Appliquée

Mis à jour : avr. 7


Fleur de la Permaculture


Les permaculteurs aspirent et rêvent d’un système de vie et d’échanges basés sur la mutualisation, le partage, la coopération. Nous œuvrons, expérimentons, concevons dans ce sens, en nous inspirant des éco-systèmes résilients qui fonctionnent grâce à l’équilibre fragile et complexe entre tous les êtres vivants, au sein de tous les aspects de vie dont un humain moderne a besoin.


La permaculture nous vient de l’Australie, co-créer par Bill Mollison et David Holmgren dans les années 1970, suite à un constat : toute notre civilisation repose sur l’énergie fossile qu’est le pétrole. Or ces années là, un grand crash économique a mis l’Australie et quelques pays d’Occident en péril. La souveraineté alimentaire n’était plus assurée dans ces pays. Ces deux hommes ont donc co-écrit un ouvrage « Permaculture 1 » qui propose une explication et des exemples de systèmes établis selon les principes éthiques et de conception de la Permaculture.


Depuis septembre 2014, je parcours mon chemin en direction du Diplôme de Permaculture Appliquée, il est temps une sorte d’auto évaluation, un résumé d’actions ou d’expérimentations, qui ont façonné ce parcours riche et fort d’enseignements !

Habitat


J'ai été nomade pendant des années, soit en véhicule aménagé soit en mouvements réguliers, préférant l’échange de service contre l’abri, car la notion de propriété est un sujet sur lequel j’ai toujours eu du mal à me positionner. Si je devais choisir un lieu où vivre, je choisirai un habitat entièrement décomposable, à durée de vie éphémère, adapté au climat et intégré au paysage d’implantation. Bâti qui servirait d’abri, d’atelier, de lieu de stockage et de transformation. L’idéal serait que les matériaux soient issus de la localité, soit d’un rayon maximum de 200 km. En 2012 et 2015 j’ai pu participé à deux chantiers d’auto-constructions. Lors du premier il s’agissait d’une maison en paille ossature bois et enduits intérieurs et extérieurs chaux-argile, avec isolation écologique (fibre de papier). Le second ossature bois, avec paille, parpaings de pouzzolane, et bardage bois, enduits intérieurs et extérieurs argile-chaux et pigments naturels. L’isolation est écologique et tous les matériaux provenaient de la région d’habitation (Auvergne). Les principales problématiques de ce chantier sont que les fondations sont spécifiques car le sol a une profondeur de 80 cm, en dessous se trouve une strate de sable et la nappe phréatique ; la seconde est que les nouvelles réglementations pour les habitas neufs imposent que le bâtiment soit entièrement hermétique à l’air. Le contrôle réglementaire fut positif mais a nécessité de gros investissement pour la circulation de l’air (choisi très économes en énergie) et pour les ouvertures. Articles des étapes de la construction sur le blog : paillequepaille.wordpress.com


Santé

Il y a bien longtemps que je n’ai pas eu recours à la médecine occidentale conventionnelle et à l’allopathie. Il faut savoir que les médicaments que nous ingérons repartent à 60% dans nos besoins qui partent au tout à l’égout, donc en station d’épuration où nous ne pouvons ni les neutraliser et ni les éliminer, ce qui implique que nous les ingérons malgré nous. C’est pour cela que nous trouvons des poissons devenir hermaphrodites ou que les hommes ont des taux d’œstrogènes très élevés,  impliquant des problèmes de santé importants. Malgré quelques soucis de santé (contamination par des amibes et une hernie discale dangereuse), j’ai désiré recevoir uniquement des soins holistiques, car le symptôme n’est pas le mal -> shiatsu, acupuncture, ostéopathie, micro-kinésithérapie, massage thaïlandais, cataplasme de gingembre broyé et chauffé et autres délices naturels. Pratiques que j’entretiens car je préfère prévenir que guérir. L’adage « un esprit sain dans un corps » se révèle primordial, je suis convaincue que nous avons tous un pouvoir d’auto-guérison et que rien n’arrive par hasard. La pratique du yoga régulière permet de me concentrer et de rentrer dans une méditation active, tout en prenant soin de bouger, chauffer, étirer toutes les parties du corps, souvent trop sollicitées. Nous avons tendance à mal considérer ce don, ce corps aux ressources inépuisables, à la force d’adaptation inégalable, et malgré tout fragile et dont les acquis sont précaires car l’usure est inévitable en tant que mortel. Depuis des années, je cueille et concocte mes soins de santé et corporels. Je m’appuie sur des expérimentations, des ouvrages de remèdes traditionnels dits de « grand-mère » et sur les échanges avec les personnes que je rencontre et qui font leurs propres préparations. Le jeûne solide pendant plusieurs jours (voir plusieurs semaines) est une pratique régulière que je fais toutes les inter saisons, donc à chaque changement de régime alimentaire. Nos bactéries ont besoin de changer ou d’évoluer. Pour les encourager et aider mon organisme à se préparer, j’utilise cette méthode. Les organes peuvent alors se concentrer sur leur régénération sans se fatiguer à trier, assimiler, jeter. Avec toutes ses « habitudes », je suis très rarement contagieuse et contaminée. Je choisis mon alimentation en fonction des saisons (je consomme beaucoup de plantes sauvages : plantain, tilleul, mauve, ortie, ail des ours, chénopode, frêne, robinier faux acacia, noisetier, mélisse, consoude, alchémille, achillée, mâche sauvage, alliaire, carotte sauvage, etc) et en fonction de l’énergie dépensée. Je privilégie également la consommation d’eau non traitée (source, cours d’eau limpide de montagne, sève de printemps) et depuis peu je m’initie à la mycothérapie, un univers passionnant qui ouvre tellement de possibilité. Une bibliographie est consultable sur ce blog, au chapitre ressources.


Éducation

Éducatrice à l’environnement pendant plusieurs années, j’ai notamment travaillé au sein de l’association Les Petits Débrouillards Auvergne et occupé des postes saisonniers pour différentes structures. Je développais et défendais principalement les pédagogies active ou de projet, constatant que chaque individu a sa méthode d’apprentissage propre : kinesthésique, visuelle, auditive, cognitive ou active. La motivation et l’intérêt que l’on porte au sujet à appréhender sont des clés primordiales, c’est en cela que la pédagogie active et / ou de projet répondent à ces critères, que le public soit jeune ou adulte. Freinet, Isabelle Peloux, Edgar Morin m’ont inspiré et guidé dans le rôle de transmetteur. La compétitivité que l’on retrouve souvent en éducation classique est, à mon sens, ne sert pas à établir des rapports coopérants, intégrants et sains. La pédagogie de groupe est idéale pour faire naître ses atouts et révéler ses potentiels, ainsi tout le monde contribue et se complète pour arriver à la finalité, sans gagnant. Lors du printemps de l’éducation 2015, j’ai participé au séminaire porté par les Amanins, ce fut une occasion de rencontres et de partages d’outils, de réseaux et un riche moment d’émulsion collective pour un renouveau éducatif, dans le scolaire comme dans le populaire. Cet événement a éveillé un désir d’accompagner les adultes dans leur chemin de vie, toujours en évolution. J’ai pris conscience que les adultes d’aujourd’hui n’ont peu ou pas connu les évolutions positives du système éducatif  « moderne ». Il m’est important de proposer un cadre sans jugement, sans compétition, mais dans le partage de connaissances, d’expériences de vie, et de transmissions des savoirs, savoir-être et savoir-faire. Les formations que j’anime sont bienveillantes, laissent un espace d’échanges de connaissances et oscillent entre théorie et pratique sur cas concret, en faisant de mon intention principale : la finalité est d’avoir agit ensemble et de s’être fait confiance.


Gouvernance

Grandir dans une famille multi générationnelle m’a permis de comprendre l’importance de la mixité, que tout un chacun est complémentaire, que pour aller loin ils font être uni. La maison de mon enfance est confortable avec plusieurs espaces de vie, des équipements ménagers partagés, des services échangés (garde d’enfant contre course, etc), prendre soin des uns et des autres. C’est peut être par cette enfance, que j’ai par la suite toujours vécu dans un collectif, à projet commun ou à lieu de vie commun, sous différent format. Les prises de décision sont parfois un peu longues et tumultueuses à venir, mais il y a plein de solutions comme le forum café, ou le livre de Robina Mc Curdy qui est rempli d’outils de prise de décision, de construction, de planification. Une étude a d’ailleurs prouvé que la plupart des décisions étaient prises hors du temps de réunion mais lors de temps informels : autour de la machine à café, à la pause, etc. Les achats groupés, idéalement en AMAP ou épicerie de producteurs locaux et équitables , les repas préparés en commun, les tâches quotidiennes réparties, l’organisation de co-voiturage, etc sont autant d’atouts qu’offrent et m’ont offert ses années de vie communautaire que je n’échangerai pour rien au monde. Sans oublier que le potentiel d’un collectif (en terme d’énergie, de compétences, de créativité) peut faire émerger des activités qui peuvent dynamiser une localité : village, quartier, hameaux et donner naissance à une action locale citoyenne et prometteuse. Afin d’approfondir des outils et mutualiser les connaissances, je suis actuellement les cours du MOOC organisé par les Colibris et l’Université du Nous qui traite le thème de la Gouvernance Partagée, une synthèse sera publiée prochainement.


Économie

Suite logique à une gouvernance collective qui permet non seulement d’éventuellement dynamiser une localité, et qui permet aussi de créer une monnaie alternative dont la valeur correspond à celle donnée par les participants : citoyens comme professionnels. En effet, la monnaie est un outils intéressant, qui permet d’établir une valeur commune favorisant les échanges. Cette valeur peut être établie par système méritocratique, par fond commun valorisé, par système d’échange local : un service rendu égal à un autre service, mettant ainsi les métiers au cœur de la dynamique de la communauté. Aujourd’hui plusieurs échelles de communautés utilisent ces économies alternatives : des dizaines de villes de plusieurs densités en France (http://monnaie-locale-complementaire-citoyenne.net/france/) et des départements comme le Puy de Dôme avec la Doume et les Pyrénées Atlantiques avec Euskal Monesta et la Tinda.  L’économie d’aujourd’hui peut également être revisitée par la diminution d’intermédiaires à la vente en passant directement du producteur aux consommateurs. Plusieurs systèmes sont envisageables est très fonctionnels : les AMAP, les magasins de producteurs locaux, les ventes à la ferme, les coopératives, les boutiques de distribution d’achats groupés pour les hameaux ou villages très isolés. Reste ouverte la question du besoin ou de la pertinence d’impliquer / sensibiliser les professionnels des finances. Dans le monde de la permaculture il y a très peu de discussions, de cercles d’action ou d’innovation dans le domaine, tout le monde l’utilise mais très peu de permaculteurs professionnels ou amateurs se penchent sur la question. Le partage équitable des surplus générés reste un des principes éthiques souvent appliqué, dans le financement de projet commun par exemple.


Technologie

Quoi de plus satisfaisant et de plus noble que de répondre à ses besoins par les ressources offertes par la nature et plus précisément du site d’implantation et par la réutilisation / transformation de matériaux ou d’objets ? Les sources sont riches et nombreuses : eau, soleil, vent, bois, géothermie, stratégie de position des bâtiments en fonction de l’utilisation des pièces, etc. Que se soit pour produire de l’énergie ou pour répondre aux besoins vitaux comme la lumière, l’eau et l’abri aux intempéries. Nous sommes souvent entourés voir étouffés par des biens qui n’ont souvent qu’une seule utilité et que nous n’utilisons que très rarement. Sans oublier les objets dont on se sépare en quantité effroyable coûtant de l’énergie et produisant des particules hautement polluantes pour l’élimination, le transport ou le recyclage, alors qu’un vieux bidon encore en état peut devenir un rocket stove économique en bois et qui peut chauffer une pièce, un réservoir d’eau ou pour cuisiner. Les ressources sur lesquelles notre civilisation a été bâtie sont en cours d’épuisement et creusent sérieusement notre tombe. Il est donc primordial et urgent de repenser nos déplacements, de simple vélos peuvent nous permettre d’aller aussi vite et loin que des véhicules, surtout en ville. Que les moyens les plus efficaces de nous chauffer sont souvent les plus simples et se portent sur nous : la laine, matière première gâchée en France, qui ne demande qu’à être valorisée lors de moments collectifs conviviaux. En prenant le temps de faire la distinction entre envie, désir et besoin, on se rend souvent compte qu’un minimum peut nous satisfaire. Que le détournement d’objet ou la conception d’une construction économe en énergie permet de réveiller et de développer notre créativité souvent brimée. Sans oublier la satisfaction d’avoir accompli la totalité ou une partie du projet par soi même ou avec la mutualisation et l’échange entre intéressés voisins. Des savoirs faire traditionnels pourraient ainsi revoir le jour pour le plus grand plaisir des générations plus âgées et donneraient l’occasion de réunir tous les âges autour de ces pratiques oubliées. Nos mains sont une des spécificités qui nous distinguent des autres membres du règne animal, ne gâchons pas ce cadeau au nom des générations futures auxquelles nous empruntons cette planète et ses ressources. Une technologie moderne au service de ces savoirs et pratiques équitables et durable est internet sur lequel nous pouvons trouver toutes les informations et les personnes ressources proches de chez nous. De plus, la plupart de nos technologies modernes sont issues du biomimétisme, toutes les inspirations et solutions se trouvent dans la nature qui a mis tant de siècle à se parfaire. Un exemple flagrant : nous avons la prétention de se comparer au roi soleil en s’amusant avec la fusion nucléaire !


Nature

Quand nous prenons le temps d’observer la nature se développer naturellement, nous pouvons constater qu’elle a horreur du vide et de la mono diversité. Pourtant nous nous évertuons à sélectionner et à cultiver de manière segmentaire les terres arables, que nous tuons et grignotons par la folie des grandeurs de l’urbanisme et de l’industrie agro-alimentaire. Nous avons la prétention de connaître et comprendre la nature et ses mystères alors que les sciences qui s’en chargent ne pratiquent pas l’interdisciplinarité pourtant vitale car chaque système végétal sauvage s’établit grâce à de nombreuses interactions, coopérations et symbioses. C’est d’ailleurs ainsi que l’atmosphère est devenu respirable et que la vie a pu coloniser les terres il y a quelques milliards d’années. Reprenons l’origine de chaque plantes actuellement cultivées et qui remplissent nos assiettes, appelées cultivars, elles ont été sélectionnées à partir des plantes sauvages. Par exemple le chénopode bon Henri (plante comestible) est le père de famille de l’épinard, des côtes de blettes et de la betterave pour ne citer que celles ci. A partir de ces observations, il n’est pas anti-naturel de considérer un petit espace comme un immense potentiel de culture intensive à l’exemple de notre université naturelle qui nous entoure, nous nourrit, nous protège et nous inspire. Il suffit de respecter les besoins de chacune en terme d’espace : racine, feuille ou fruit. Chacune d’elle peut ainsi assurer plusieurs fonctions : ombrage, couvre sol, brise vent, hôte d’auxiliaires, pharmacopée naturel, catalyseur des défenses naturelles des plantes… Il n’est pas nécessaire de faire place nette à chaque départ de potager ou de culture. Travaillons avec et non contre la nature, chaque plante a une raison particulière de levée sa dormance, ainsi lorsque je prépare mon espace de culture, je prend le temps de relevé les sauvages spontanées qui montrent le bout de leur nez, qui m’indique non seulement l’état du sol mais également les cultures dont ce dernier a besoin pour améliorer sa fertilité et qu’il pourra supporter avec un minimum d’effort. Le sol n’est pas un substrat ou un support, il s’agit d’un écosystème fragile et complexe, qui abrite une quantité magistrale de vies et d’interactions. Au fur et à mesure que nous produisons des quantités pharaoniques de nourriture avec les célèbres, mais légales, méthodes du plan Marshal (que nous gaspillons), nous créons un désert. Nous sommes donc contraint de gérer les cultures comme nous gérons des pathologies et nourrissons chimiquement nos plantes. Ainsi, nous sommes en famine, pas par manque de quantité mais par manque de minéraux et d’oligo-éléments, vitaux pour la santé des plantes et pour notre santé. La conservation dynamique, la production et l’échange de graines de variétés anciennes et reproductibles sont des actions citoyennes à sérieusement prendre en considération. Je pense que la permaculture est absolument appliquée dans ce domaine, car par ces actions autour des graines, nous retrouvons tous les pétales de la fleur de la permaculture. L’intégration au potager et la consommation des plantes sauvages permettrait de répondre aux besoins du sol, de sa fertilité et de notre santé. La (re)mise en lumière de pratiques traditionnelles telles que les verger potager, verger céréalier, jouailles, jardin forêt, bocage, sylvo-agro-pastoralisme etc, permettrai de mettre à l’abri les producteurs en diversifiant leur pratiques et sources de revenues, améliorerai la qualité nutritive des repas, limiterai la diversification des sols par l’intégration des troupeaux, créerai des systèmes résilients, séquestrerai du carbone, contribuerai à la stabilisation du climat. En effet une étude scientifique de l’université de St Pétersbourg, à prouver que les grandes forêts faisaient la pluie et le beau temps.


Le sujet m’est passionnant, je pourrai en écrire des kilomètres et échanger pendant des heures. L’auto évaluation faite (néanmoins évolutive), je me sens riche, inspirée et en même temps pleine de questions dont les expérimentations des prochaines années commenceront peut être à apporter des éléments de réponse. Il reste tant à découvrir, faire et partager pour que les générations de demain puissent en jouir au moins autant que nous et ceux avant nous ; et autant pour protéger le bien commun à l’humanité que ni le pouvoir ni les finances ne réussiront à nous priver si nous réfléchissons et construisons ensemble, avec un regard holistique.
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