• marlenevissac

Intelligence & Culture : La réussite de l'espèce humaine

Il n'y a pas une journée où je ne suis pas dubitative face à mon espèce. Comment est il possible que mon espèce, l'espèce humaine, soit l'espèce dominante sur Terre ? Comment, au fil des millénaires, nous avons pu garder cette place de dominant, alors que tant d'erreurs et d'atrocités ont été commises par les miens ?


Les humains ayant transformés plus d'1/3 de la surface terrestres, émettant plus d'azote que toutes les autres créatures terrestres réunies, altérant 2 cours d'eau sur 3, utilisant 100 fois plus de biomasse que tous les grands animaux, ajoutant à cela nos immenses troupeaux domestiqués, nous arrivons à utiliser 98% de la biomasse des vertébrés terrestres. Il n'y a pas de doute, sur le plan écologique, nous sommes belle et bien l'espèce dominante du globe.


Comme toute permacultrice que je suis, je me suis donc intéressée à la formation de l'intelligence, les modèles d'apprentissage, qui sont les conséquences de notre "réussite". En espérant que les faits actuels nous permettent d'en prendre toute la mesure et de porter sagement la responsabilité qui nous incombe.


L'espoir fait vivre, et quand la Vie veut vivre

elle est capable d'accomplir des miracles.



L'HUMAIN, UN DRÔLE DE PRIMATE

L'humain, qu'est ce que c'est ? Quelles sont ses caractéristiques, qui le rendent si singulier, si particulier ?

Il est un curieux primate, un des rares mammifères qui a su investir des environnements très diversifiés de la Terre. Pourtant notre espèce s'avère physiquement faible, lente et quelque peu maladroite pour mener à bien certaines activités, comme grimper aux arbres par exemple.


Caractéristiques

- Alors que nos intestins ont des difficultés à éliminer les toxines des plantes vénéneuses, la plupart d'entre nous avons du mal à distinguer des végétaux comestibles.

- Alors que nous sommes presque obligés de manger des aliments cuits, nous venons au monde sans savoir faire du feu ni cuisiner.

- Par rapport à d'autres mammifères de même taille et de même régime alimentaire, notre côlon est presque trop court, un estomac trop réduit et des dents trop petites.

- Nos enfants naissent très gras et dangereusement prématurés, avec des plaques crâniennes non soudées.

- Contrairement aux autres primates, aux grands singes, les femelles de notre espèce demeurent sexuellement réceptives tout au long de leur cycle menstruel, et cessent d'être fécondes longtemps avant leur mort.


Malgré notre cerveau, nous ne sommes pas si intelligents, en tout cas notre intellect ne peut pas expliquer à elle seule l'étonnant "succès" de notre espèce, au vu des caractéristiques qui nous distinguent des autres primates et autres forces de la nature.

En effet, une fois dépouillés de nos facultés mentales et de notre savoir-faire culturellement acquis, nous ne sommes guère plus doués que les autres grands singes pour résoudre certains problèmes, tout du moins pas assez doués pour justifier l'incroyable succès de notre espèce ni même la taille de notre cerveau ! Il semblerait que notre espèce est développée, au fil de l'évolution, une véritable dépendance à la culture.


Culture : large éventail de pratiques, de techniques, de méthodes, d'outils, de motivations, de valeurs et de croyances que les humains acquièrent en grandissant, en apprenant des autres le plus souvent.


Cette culture, base de nos apprentissages, s'est construite grâce à l'échange entre individus : les savoirs relatifs à la chasse, aux plantes sauvages comestibles, à la fabrication d'outils, au pistage etc... Ces savoirs se sont améliorés et agrégés au fil des générations, si bien que chaque génération a pu reprendre et affiner les compétences et les savoir-faire transmis par la précédente.

Au bout de plusieurs générations, ce processus a fini par produire un ensemble de pratiques et de techniques si riche et si complexe qu'aucun individu n'aurait pu l'élaborer par lui-même en ne comptant que sur son expérience et sur son intelligence.


Les productions les plus récentes de cette évolution (le feu, la cuisson, les outils, les vêtements, un langage, la façon de projeter une pierre, etc...) sont devenues la source même des grandes pressions de sélection, qui ont génétiquement façonné notre esprit et notre corps. Cette interaction entre gènes et culture a lancé notre espèce sur une voie inédite de l'évolution, jamais observée jusqu'alors dans la nature. C'est cette interaction gènes-culture qui rend les humains si différents des autres espèces et fait de nous un animal de type "nouveau".



Admettre que nous sommes une espèce culturelle renforce la nécessité d'une approche évolutionnaire de notre espèce : notre capacité à apprendre des autres est un produit de l'évolution.


La culture évolue souvent de manière invisible, à mesure que cette attention sélective et ces biais d'apprentissage influent sur ce que chaque individu observe, mémorise et transmet. Ces facultés se multiplient jusqu'à produire une interaction entre ce corpus d'information culturelles cumulées et l'évolution génétique qui a façonné notre anatomie, notre physiologie et notre psychologie.

La culture a laissé son empreinte sur chaque partie de notre corps, façonnant l'évolution génétique de ces divers éléments : pieds, jambes, mollets, hanches, estomac, côtes, doigts, ligaments, mâchoires, gorge, dents, yeux et langues, parmis d'autres.


Au cours de notre histoire évolutionnaire, contrevenir aux normes c'était fragiliser sa réputation, créer des commérages, et en conséquences perdre des occasions de mariage ou d'alliance. Si un individu enfreignait les normes à plusieurs reprises, il pouvait se voir ostracisé ou même mis à mort par sa propre communauté. C'est ainsi que l'évolution culturelle a mis en place un processus "d'auto-domestication", si bien que l'évolution génétique a fait de nous des êtres pro-sociaux, dociles et respectueux des règles, dans un monde gouverné par des normes sociales, elles-mêmes contrôlées et appliquées par les communautés.


Le secret du succès de notre espèce tient aux cerveaux collectifs que forment nos communautés. Nos cerveaux collectifs sont produits par la synthèse de notre nature sociale et de notre nature culturelle : nous apprenons aisément des autres, nous pouvons, grâce à des normes adéquates, vivre en groupe très étendus et largement interconnectés, etc...

Exemple : des sociétés plus vastes et plus interconnectées produisent des technologies plus sophistiquées, des outils plus divers et davantage de savoir-faire. Alors pourquoi quand de petites communautés se retrouvent soudain isolées, leur sophistication technologique et leur savoir-faire culturel se mettent à décliner ? Cela tient au fait que l'innovation au sein de notre espèce repose plus sur notre socialité que sur notre intellect. Le plus difficile a toujours été d'empêcher les communautés de se fragmenter et les réseaux sociaux de se dissoudre.


Ce que la communauté de la Permaculture tend à mettre en place, par de nombreuses toiles de réseaux, connectées les unes aux autres, par le partage des savoirs, des savoir-faire...


PERMACULTURE & TRANSITION : le portail des actrices et acteurs diplômé.e.s qui oeuvrent pour la transition, et espèrent inspirer un nouveau monde, sur la même planète. www.permaculture-transition.org

BRIN DE PAILLE : association qui a pour mission de promouvoir les actions de la Permaculture au national, et de connecter les actrices et acteurs locaux. http://asso.permaculture.fr

Un trait original de notre espèce, est que les normes sociales et linguistiques, fournissent efficacement des systèmes de formation qui façonnent notre cerveau de diverses manières : développer l'hippocampe, épaissir notre corps calleux (qui assure le transfert d'informations entre nos 2 hémisphères)

EST-CE UNE QUESTION D'INTELLIGENCE ?

Si les changements climatiques ont eux aussi grandement contribué é des extinctions, la disparition de nombreuses espèces de la mégafaune coïncide étrangement avec l'arrivée des humains sur les divers continents.

La mégafaune africaine et, dans une moindre mesure, la mégafaune eurasienne se sont mieux débrouillées, peut être parce qu'elles ont su coévoluer pendant plusieurs centaines d'années avec les humains. Qu'il s'agisse de notre ancêtres ou de nos cousins germains les Néandertaliens.

En tout cas, au fil de l'évolution, la mégafaune d'Afrique et d'Eurasie a appris que l'être humain, s'il est peu intimidant et semble être une proie facile, n'en dispose pas moins de toute une gamme d'outils dangereux, sans compter les normes sociales coopératives qui font de lui un prédateur hors-pair.


Les chasseurs-cueilleurs coopèrent tous intensivement au sein de leur famille et, dans une certaine mesure, à plus grande échelle, depuis la bande composée par quelques familles jusqu'à la tribu de plusieurs milliers d'individus. Pour s'en tenir au seuls chasseurs-cueilleurs, notre espèce a connu plus de formes d'organisation sociale que toutes les autres espèces de primates réunies !


Les humains constituent une seule espèce et présentent relativement peu de variations génétiques, alors que nous avons investi les environnements les plus divers. Nos cerveaux regorgent de facultés cognitives génétiques, apparues via la sélection naturelle pour résoudre les problèmes les plus importants et les plus récurrents auxquels étaient confrontés nos ancêtres chasseurs-cueilleurs : trouver de la nourriture, de l'eau, des partenaires sexuels, des ami.e.s, éviter l'inceste, les serpents et les maladies. Déclenché par le contexte environnemental, ces mécanismes cognitifs permettent d'enregistrer les informations liées aux problèmes, de proposer et d'enregistrer la ou les solutions. Nos instincts sont donc plus nombreux, étant que notre espèce compte depuis longtemps sur le pistage et sur la chasse pour survivre.



Les trois principales théories qui cherchent à expliquer le succès écologique de notre espèce invoquent donc :

- Une intelligence généralisée ou une puissance de traitement cognitif ;

- Facultés mentales spécialisées développées pour permettre la survie dans les environnements de notre passé de chasseurs-cueilleurs ;

- Des instincts de coopération ou d'intelligence sociale.


Toutes ces tentatives d'explication sont autant d'éléments dans l'élaboration d'une compréhension plus exhaustive de la nature humaine.

Le caractère unique à notre espèce reste sur le fait que nous dépendons d'un large corpus d'informations (adaptatives localement et transmises culturellement) qu'aucun individu isolé, ni même aucun groupe, n'est assez intelligent pour les concevoir au cours de sa propre vie. L'évolution culturelle a donc donné naissance à de complexes répertoires de pratiques, de croyances et de motivations adaptatives.


En effet, une bonne partie de notre intelligence apparente provient en réalité d'un répertoire cumulatif d'outils mentaux, de compétences, de concepts, et de catégories, qui constituent ainsi l'héritage culturel des générations précédentes.


Pour cela, nous avons développé ou nous nous sommes appuyés sur différentes formes d'apprentissage :

- Apprentissage social : moment où un individu est influencé par d'autres et recouvrira toutes sortes de processus psychologiques.

- Apprentissage individuel : situation où les individus apprennent en observant leur environnement, ou interagissent directement avec lui, qu'il s'agisse de calculer les conditions idéales pour la chasse. Ou encore de pratiquer l'apprentissage par la méthode d'expérimentation ou dite "essai-erreur", avec divers outils.

L'apprentissage individuel comporte lui aussi divers processus psychologiques, les formes les moins sophistiquées d'apprentissage social ne sont qu'un simple effet secondaire de la fréquentation d'autrui : au contact des autres on peut pratiquer l'apprentissage individuel.


Pour les humains contemporains, le terme "d'apprentissage culturel" semble plus adapté. Et pour ce qui est de nos ancêtres il s'agit plutôt d'utiliser le terme ou la notion "d'apprentissage social".


Il est fascinant de constater que, en général et expériences à l'appui, l'être humain a tendance à imiter, de façon spontanée, automatique et souvent inconsciente.


En résumé de cet article, il apparaît clairement que sans les savoirs ancestraux, transmis de différentes façons, nous n'aurions pas acquis un panel de savoirs aussi conséquents, denses et riches. C'est cette intelligence collective qui nous a permis, à partir de la chasse et de la cueillette, de construire des outils et engins technologiques, même ce qui nous paraît les plus basiques : avion, voiture, vélo, chauffe-eau, cuisinière par exemple.


Nous ne serions pas ce que nous sommes sans notre communauté, sans le soutien et l'échange entre individus de notre espèce. L'intelligence collective est ce qui a permis à notre espèce d'avoir gagné en confort, d'accumuler des connaissances précieuses, d'allonger l'espérance de vie, etc... Il reste dans nos mains de mettre ces savoirs et connaissances au profit du bien commun, à la bienveillance, à la solidarité, au partage des ressources, au soutien, à la protection de notre environnement, duquel nous sommes dépendants.


Nous sommes le changement que nous voulons voir !

Personne ne peut l'empêcher.


Article très inspiré de l'ouvrage de Joseph Henrich

"L'intelligence collective - Comment expliquer la réussite de l'espèce humaine".

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